Lettre ouverte à Madame la Présidente de l’Université Jean Monnet

Madame la Présidente,

Le 26 juin dernier, 12 Vice-Président·es et chargé·es de mission démissionnaient concomitamment à la création d’un collectif sincèrement mobilisé en faveur d’une alternative au projet de statuts de l’U-Cible que vous soutenez. Ce collectif compte aujourd’hui plus de 350 membres. Représentatif des multiples compétences de notre Établissement et de sa pluridisciplinarité, crédible par les personnalités académiques qu’il réunit dont beaucoup sont de véritables artisans de la politique d’ouverture vis-à-vis de l’enseignement supérieur et la recherche lyonnais, ce collectif ouvre un moment de respiration démocratique indispensable dans une période décisive pour l’Université. S’il n’a évidemment pas pour vocation de se substituer au Conseil d’Administration, il a au moins le mérite de l’éclairer et de pointer les graves insuffisances d’un texte de statuts qui mettra à mal la cohésion de l’Université à Saint-Étienne, fragilisera sa capacité et ses moyens d’initiatives.

Le 15 juillet dernier, nous avons donc adressé à la communauté universitaire un document intitulé « Saint-Etienne et les statuts de l’Université Cible en 10 questions ». À partir d’une analyse non orientée des statuts prévus, tels que vous les avez transmis le 28 février 2020, ce document aborde les questions fondamentales que tout personnel, tout étudiante et étudiant, tout partenaire de l’Université Jean Monnet est aujourd’hui en droit de se poser. Notamment :

Que serait le campus de Saint-Étienne si l’U. Cible était créée ? Comment serait-il représenté dans les instances de l’établissement ? Quelles seraient ses réelles capacités de portage académique et les garanties de moyens associés ? Comment ses personnels et ses étudiants et étudiantes seraient impliqués ?

Face à l’ensemble des risques soulevés dans cette analyse et à l’issue d’une construction politique qui aura gravement atteint le capital de confiance entre les acteurs du site, nous estimons que le maintien de la Personnalité Morale et Juridique (PMJ), est une condition sine qua non au maintien d’une ambition universitaire sur le site stéphanois et roannais.

En tant que première garante que vous devriez être du bon fonctionnement des formations et de la recherche de l’Université et de leur potentiel de développement, le Collectif UJM, tout comme l’ensemble de la communauté universitaire, souhaiterait connaître votre réponse à cette publication. 

Par ailleurs, la question des moyens IDEX dont l’université stéphanoise pourrait disposer au sein de l’Université Cible est un de vos arguments majeurs avancés pour maintenir le vote des statuts et la perte de la PMJ de l’établissement. Si les moyens extrabudgétaires apportés jusqu’à présent par l’IDEX ont représenté un levier de développement qu’il ne faut pas occulter, nous attirons votre attention sur le fait que l’ensemble des conventions signées depuis 2017 entre l’Université de Lyon et l’Université Jean Monnet sur le budget IDEX totalise moins d’un million d’euros par an en moyenne. Cela représente un peu moins de 0.8% du budget annuel de notre établissement, qui s’élève à un peu plus de 130 millions d’euros. Ces chiffres méritent d’être précisés car ils relativisent la portée de votre argument. Au regard de l’insécurité structurelle que représente le projet de statuts pour l’Établissement, la question financière parait bien secondaire.

Enfin, à plusieurs reprises, vous nous avez interpellé·es directement ou indirectement sur la solution alternative dans le cas où le Conseil d’Administration de l’UJM refuserait le vote des statuts et la perte de la PMJ. Pour aborder correctement cette question, la méthode et le fond sont indissociables.

Sur le fond, nous contestons votre approche qui consiste à expliquer qu’il ne peut y avoir d’alternative alors même que, de votre propre aveu, le projet d’Université Cible dysfonctionne lourdement. Il y a là un déficit de prévoyance et de confiance dans la capacité de rebond de l’UJM qui pour le moins interroge. Nous vous démontrerons, le jour où vous réunirez les conditions d’un débat, que nous sommes en mesure de proposer plusieurs solutions permettant de continuer de porter une ambition scientifique et académique en renforçant nos collaborations avec l’ensemble des acteurs, y compris l’École des Mines de Saint-Étienne, Sciences po Lyon, l’École Centrale de Lyon et l’ENISE, l’INSA-Lyon, l’Université Lyon 2 et les écoles d’architecture.

Néanmoins, il s’agit également d’une question de méthode. Nous ne pouvons envisager d’aborder ce sujet sans permettre à la communauté universitaire stéphanoise, dans un premier temps, et l’ensemble des acteurs concernés, dans un second temps, de s’exprimer. Il convient dans ce contexte de crise totalement inédit dans l’histoire de notre Établissement de laisser la place, conformément à vos engagements dans votre courrier du 28 février, à une phase approfondie de concertation avec l’ensemble des forces vives qui font l’Université (chercheurs et chercheuses, enseignant·es-chercheur·ses, enseignant·es , personnels BIATSS, étudiants et étudiantes).

Un nouveau projet est possible. Il ne doit exclure a priori aucun acteur de l’enseignement supérieur lyonnais et stéphanois. Les configurations possibles sont multiples. Plusieurs d’entre elles, au travers de l’ordonnance de 2018, peuvent permettre aux acteurs qui le souhaitent de garder leur PMJ, écoles comme universités. Compte tenu de la spécificité de notre établissement, c’est le choix que nous formulons.

Soyez assurée, Madame la Présidente, de notre entier dévouement pour l’Université Jean Monnet et de la confiance que nous avons dans son avenir.

Le 20 juillet 2020

Le Collectif UJM

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